Chapitre I de mon dernier roman

expatriation au costa rica

Chapitre I de mon dernier roman

Enlèvement au Costa Rica

Gabrielle est étendue, face contre terre sur la plage et inconsciente. Une vague déferle sur ses pieds et se retire sans avoir beaucoup d’effets sur elle. Néanmoins, elle tourne légèrement sa tête qui reposait sur le sable. Une deuxième, plus hardie, grimpe sur son corps et finit par mourir sur son crâne. Elle se redresse et tousse violemment, faisant ressortir l’eau qu’elle vient d’ingurgiter malgré elle.

       Elle se retourne face au ciel lumineux, parsemé de nuages blancs. Elle inspecte les alentours. Seuls, quelques crabes rouges qui étaient sortis de leurs cachettes sont présents et l’épient prudemment. Elle ramène sa main droite sur son visage pour tenter d’enlever le sable qui lui colle à la peau, remonte la mèche de cheveux qui lui gêne la vue et découvre qu’elle a une bosse sur le front. Comment a-t-elle pu se faire ceci et surtout que fait-elle sur cette plage ?

       Elle se redresse difficilement. Ses abdominaux la font souffrir et elle ne peut s’empêcher de manifester un cri de douleur. La dizaine d’admirateurs, effrayés par le son bruyant, rentrent rapidement dans leurs repères. Le ressac fouette à nouveau ses jambes et l’eau éclabousse son visage.

       Elle s’essuie de la main et à quatre pattes, parcourt quelques mètres afin de se mettre à l’abri de cette eau salée qui lui brûle la peau. Assise, trempée et hagarde, elle essaye de comprendre ce qui lui arrive, mais rien ne lui vient à l’esprit. Elle panique. Serait-elle devenue amnésique ?

       La plage est déserte, et la mer, face à elle, est exempte de la moindre voile. Il n’y a aucune coquille de noix qui aurait pu la rassurer. Elle a beau fouiller sa mémoire, elle ne sait toujours pas comment elle a abouti ici !

       Au loin, le soleil embrase dangereusement les flots et elle réalise soudainement que dans moins d’une demi-heure, l’obscurité fera place au ciel bleuté. La lumière orange commence déjà à lécher une partie de l’horizon. Il n’y a pas de temps à perdre, se dit-elle. Elle essayera de comprendre plus tard comment elle a atterri sur cette plage déserte.

       Malgré le front qui cogne et son ventre qui la fait souffrir, elle se lève et se dirige vers les cocotiers qui s’alignent de façon ordonnée sur le bord de la plage. Après avoir fait une dizaine de pas péniblement, elle s’appuie sur un des troncs et se rappelle qu’il est imprudent de rester dessous. Il ne faudrait pas qu’elle se ramasse une noix de coco sur la figure. Une bosse lui suffit, pense-t-elle en souriant légèrement. Malgré le danger, elle s’appuie sur l’arbre et inspecte les lieux à la recherche d’un signe de vie.

       Une lumière rose envahit le ciel. Le soleil a maintenant disparu derrière les flots et il ne reste que quelques minutes à Gabrielle pour trouver un refuge pour la nuit, mais elle ne voit rien. Il n’y a qu’une végétation luxuriante devant elle et pas la moindre activité humaine.

       Dans la pénombre de la jungle, elle pense tout de même apercevoir un toit en tôle rouge sombre. Elle frotte ses yeux et focalise son attention afin de découvrir si elle n’est pas victime d’une hallucination.  

       — Non, c’est bien une maison. C’est une maison, hein, dit-elle à voix haute pour se convaincre qu’elle ne va pas passer la nuit, trempée et épiée par une bande de crabes avec lesquels elle n’a pas envie de faire plus ample connaissance.

       Plus elle se rapproche, plus l’image devient nette. La bâtisse est bien là, devant elle, à cinq cents mètres, cachée en partie par une végétation exubérante. Il ne faut pas qu’elle traîne, car l’astre de la nuit prend possession des lieux permettant ainsi aux animaux de sortir de leur tanière afin de chasser leurs proies.

       Elle aboutit à un sentier de pierre blanche mangé en grande partie par les herbes et les mousses. À une vingtaine de mètres, la maison, ou plutôt ce qu’il en reste, semble inhabitée depuis de longues années. Gabrielle pense que cela devait être une belle bâtisse par le passé. Une planche en bois peinte, accrochée au-dessus du porche indique le nom de l’établissement dans une couleur rose bonbon : « Hostel Deperdido ». Hôtel perdu, traduit-elle en avançant vers les quelques marches qui amènent à une terrasse vermoulue aux barreaux joliment sculptés. Les deux portes d’entrée sont légèrement entrouvertes et malgré le sentiment qu’il ne peut y avoir personne dans cette habitation, Gabrielle appelle une hypothétique personne.

       — Il y a quelqu’un, dit-elle en poussant une des deux portes qui émet un gémissement.

       Personne ne lui répond et elle rentre prudemment dans le couloir sombre lorsqu’elle perçoit un bruit. Quelqu’un semble crier : « Hého » entend-elle à plusieurs reprises. Le long du mur, un gecko, petit lézard des maisons dans les pays tropicaux, lui souhaite la bienvenue, mais il est plus apeuré qu’elle et il vient de prendre la fuite pour disparaître sous une latte du plafond. Une série de portes s’alignent dans ce hall et une lueur artificielle provient de la première pièce sur sa droite.

– Il y a quelqu’un, répète-t-elle, tout en s’avançant à pas de loup vers la source de la lumière.

       Elle tremble et malgré la peur qui s’empare d’elle, elle pousse du bout des doigts le battant en contreplaqué brun. L’endroit est totalement vide à l’exception d’une table ronde de mauvaise qualité sur laquelle se trouve un bougeoir en bois blanc. La flamme lèche les dernières parties de cire en virevoltant, telle une danseuse, autour de la mèche. La voilà à moitié rassurée. S’il y a une bougie allumée, cela signifie que quelqu’un habite cette maison délabrée et qu’il pourra lui venir en aide, pense-t-elle immédiatement. Cela la réconforte mais ce moment est de courte durée et s’évanouit lorsqu’elle aperçoit, sur la table, un papier déposé et punaisé sur lequel elle découvre son prénom écrit en grosses lettres rouges. Une sueur de nervosité inonde d’un coup Gabrielle. Une tonne de questions se bousculent dans sa tête. S’agit-il d’une plaisanterie ? Elle la trouverait de mauvais goût ! Non, personne ne pourrait lui faire un coup pareil. Après avoir vérifié d’un dernier regard aux alentours que personne ne se cache, c’est avec une main hésitante qu’elle retire la missive prisonnière et l’ouvre :

Vous êtes le numéro 1.  Bienvenue sur l’île de l’oubli.

– Il y a quelqu’un, ne peut-elle s’empêcher de répéter une fois de plus avec la voix tremblante. Elle tourne la tête nerveusement dans tous les sens, inspectant rapidement les quatre coins de la pièce. Est-ce que ce papier s’adresse à elle ? Bien sûr puisque son nom y est inscrit ! Mais qui lui joue ce mauvais tour ? Prise de panique, elle crie à nouveau : je sais que vous êtes là, allez, c’est bon, c’est fini cette plaisanterie de merde, dit-elle en espérant enfin recevoir une réponse à ses appels, mais le silence du crépuscule est son seul écho !   

       Sur le mur, à côté d’elle, il y a un cadre en bois de piètre qualité orné d’une peinture représentant un ara rouge en train de décortiquer une amande. En face d’elle, il y a une tapisserie décorée à la gloire de la chasse à courre : le cerf au centre, encerclé de chiens dont un qui l’a attrapé à la gorge. Ce dessin est inquiétant, d’autant plus qu’il est totalement en inadéquation avec l’environnement tropical dans lequel elle se trouve. Sur le troisième pan, un grand tableau noir avec quelques craies blanches qui s’étalent sur la latte de bois. Le quatrième mur quant à lui, laisse la place à un trou de la grosseur d’une balle de football. La psychose commence à gagner du terrain dans la tête de Gabrielle qui se rappelle le film « Shining » dans lequel, Jack Nickolson, gardien d’un hôtel désert et hanté, devient fou et poursuit son épouse une hache à la main. Ce décor disparate et inquiétant est loin de la rassurer quant aux intentions de la personne qui l’a amené ici.  

       Elle attrape le bougeoir et se dirige vers la deuxième pièce sur la droite. À plusieurs reprises, elle aperçoit des interrupteurs sur les murs, mais aucun ne lui apporte la lumière qu’elle aurait tant espérée. Elle entre dans un endroit qui devait être la salle à manger, à en croire les traces laissées par des tables sur le parquet, anciennement verni, mais usé par le temps. Elle est beaucoup plus grande que la première, mais également dépourvue de meuble à l’exception d’un comptoir en bois massif au fond de la pièce. Elle se dirige directement vers celui-ci, mais contrôle la vitesse de son allure, car la flamme de la bougie joue au yoyo et elle craint de plus en plus de ne pas arriver jusqu’au bar avant qu’elle ne s’éteigne.

       Un courant d’air vient de souffler son dernier espoir et la voilà plongée dans le noir à moins d’un mètre du lieu qu’elle tentait d’atteindre. Sa vision s’améliore, mais malgré la présence d’une grande baie vitrée près du bar et un faible rayon de Lune qui essaye de se frayer un passage parmi les nuages, elle ne parvient plus qu’à distinguer que des ombres.

       Elle ne voit plus grand-chose et à présent il fait nuit noire. Plus moyen de continuer son exploration sans risquer de se blesser. Il n’y a plus qu’une chose à faire, se dit-elle : ôter ses vêtements et ses tennis Nike, toujours trempés et se calfeutrer dans un coin pour attendre le lever du soleil. La voilà, en boule, en sous-vêtement, recroquevillée sur elle-même. Elle tremble et s’aide de son souffle pour réchauffer ses membres humides.

       Elle tente de se concentrer et de comprendre ce qui lui arrive. Que fait-elle ici ? Que signifie ce message ? Pourquoi l’a-t-on amené jusqu’ici et dans quel but ? Elle est inquiète et scrute les moindres mouvements de lumière. Après de longues minutes à épier chaque son et malgré la peur qui lui tenaille le ventre, la fatigue s’empare d’elle et elle parvient à s’endormir. Des bruits de pattes courent sur le parquet, et à l’extérieur les cris dans la jungle ne cessent de la réveiller en sursaut. Un coléoptère percute son front alors qu’elle s’est assoupie à nouveau, ce qui déclenche, chez elle, un hurlement affolé suivit d’une crise de larmes. Régulièrement, elle entend des moustiques lui tourner autour, sent des insectes se promener sur ses pieds qu’elle expulse avec un coup rapide et violent d’une de ses mains et reprend sa position de fœtus jusqu’à la prochaine attaque.

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